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L'infini mis en boîtes

" Les boîtes noires " constituent le thème de l'exposition qui se tient actuellement au musée de l'Ocre. Une vision miniature du monde qui donne le vertige.


Une salle sombre, une douzaine de boîtes noires format P.T.T. ac­crochées au mur. Le visiteur est invité à coller l'œil à chacune des lucarnes percées sur le devant des boîtes. S'offre alors au regard un univers d'une symétrie parfaite, un monde glacé et aseptisé où le hasard n'a pas sa place. Petits soldats de plastique, figés dans des postures guerrières. Peut-être ont-ils été arrosés de gaz paralysant ?
Changement de boîte : une méga-cité de verre et de bois se divise à l'infini, labyrinthe sans issue. Car tous ces théâtres miniatures, grâce à l'utilisation de miroirs, sont conçus comme ces palais des glaces des fêtes foraines où l'on cherche désespérément la sortie.
Par ce procédé, Zofia Lipecka, à qui l'on doit ces œuvres, a imaginé ainsi le plus grand cimetière automobile de tous les temps. Des voitures miniatures forment un gigantesque amas de carcasses métalliques. C'est là que réside toute la magie de l'exposition et peut-être tout son sens. Le minuscule démultiplié renvoie à l'infini. « Au départ j'ai choisi de travailler en miniature pour des raisons économiques. Puis, progressivement, ma réflexion s'est développée et m'a renvoyé à des objets qui rapetissent, qui compactent la réalité, comme la télévision, l'ordinateur ou le magnétoscope. Aujourd'hui nous appréhendons le monde à travers des boîtes ».
Face à cet univers totalement ordonné, étouffant, on cherche une échappatoire. Une bonne raison de considérer cette vision comme le produit d'un esprit torturé et marqué par une enfance passée en Pologne, derrière le rideau de fer. Zofia Lipecka s'en défend : « La symétrie, l'organisation à outrance supprime l'originalité, la vie. Mais cette uniformisation est le produit de notre vision du monde qui passe désormais par des instruments réducteurs. Ce phénomène s'amplifie partout et particulièrement en Occident».


« Les boîtes noires » de Zo­fia Lipecka, musée de l'Ocre à Saint-Georges-sur-la-Prée, ouvert le samedi et le diman­che de 10 h à 11 h 30 et de 14 h 30 à 18 h, jusqu'au 3 août.