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"Face à l'effroi et à l'horreur suscités par les images et les témoignages sur la Shoah, le silence s'impose. Et pourtant la parution de L'ouvrage de Jan T. Gross (1) fait resurgir de nombreux débats et commentaires en Pologne. Dans ce livre, l'auteur impute le terrible pogrome du 10 juillet 1941 non pas aux Nazis mais à la moitié chrétienne de Jedwabne qui aurait dénoncé la moitié juive de la ville. Face à cette révélation inattendue sur le passé de tout un peuple, l'artiste d'origine polonaise Zofia Lipecka souhaite faire œuvre de recueillement. Son installation Après Jedwabne (2003) propose l'écoute du récit d'un des rescapés. L'attention du public est stimulée ici par l'émotion des visages de 75 personnes d'origines diverses filmées en 2001 alors qu'elles écoutent le témoignage. Par sa scénographie (mise en abîme du spectateur avec un jeu de miroirs), l'installation confronte à la fois le visiteur à la douleur des autres et à lui-même. L'artiste crée ainsi un miroir symbolique qui dénonce la barbarie quelle qu'elle soit, bien au-delà d'une simple histoire entre Polonais et Juifs. L'œuvre en appelle à la mémoire collective qui, selon Susan Sontag (2) «appartient à la même famille fallacieuse que celle de la culpabilité collective»."